Deuxième vague : délester peu, délester mieux

Deuxième vague : délester peu, délester mieux

À moins que nous réussissions collectivement à briser rapidement cette deuxième vague de COVID-19, le gouvernement devra envisager à nouveau le délestage de certaines activités afin de pouvoir réaffecter le personnel vers les endroits névralgiques, et ce, bien que les ministres Christian Dubé et Lionel Carmant aient déclaré vouloir maintenir tous les services à la population.

L’APTS insiste : la situation qui a prévalu au printemps ne doit pas se reproduire. Le bilan sévère que nous avons fait des conséquences des décisions prises pour réaffecter le personnel de la catégorie 4, particulièrement les professionnel·le·s et les technicien·ne·s dans les services psychosociaux, en réadaptation et en nutrition, est sans appel. Le délestage, et surtout la réaffectation du printemps, baignait dans l’improvisation et soulignait à grands traits toute la désorganisation du réseau de la santé et des services sociaux (RSSS). Faute de directives claires, et en raison de manquements graves au plan de la gestion, les professionnel·le·s et les technicien·ne·s de l’APTS ont été catapulté·e·s un peu partout dans les zones chaudes, avec très peu de soutien et un accès limité aux équipements de protection individuelle.

Cette improvisation a fait en sorte qu’au lieu de profiter de leur expertise et de leurs compétences pour soutenir les équipes en place, on a relégué les membres de l’APTS à des tâches bien souvent en deçà de leurs capacités et qui auraient pu être effectuées par des personnes bien moins qualifiées. Pour illustrer l’imbroglio prenons pour exemple, un parmi bien d’autres, ce cas auquel ils et elles ont été confronté·e·s. Dans un établissement dont nous tairons le nom, des diététistes ont été délestées pour aller faire la vaisselle dans une résidence pour personnes âgées. C’est à l’autre bout de la « chaîne alimentaire » qu’elles auraient dû être utilisées!

Qui plus est, la suspension de nombreuses activités régulières a augmenté les risques pour les personnes vulnérables. La perte de fenêtres d’intervention ou le déconditionnement dû à l’arrêt de certains traitements a, dans bien des cas, aggravé leur état.

C’est sans parler du ressac lors de la reprise des activités cet été, qui a engorgé complètement le réseau, augmentant ainsi les listes d’attente et les délais d’intervention.


Ajoutons que le délestage du printemps a entraîné pour plusieurs membres de l’APTS un déchirement entre leurs obligations professionnelles et les exigences de leurs gestionnaires. Il a aussi créé un sentiment d’abandon des usager·ère·s qui recevaient de leur part les soins et les services nécessaires à leur condition. Ces deux phénomènes ont miné leur santé psychologique, déjà éprouvée par la surcharge de travail et l’anxiété de travailler dans des milieux où la COVID-19 faisait des ravages.

Une question d’équilibre

On ne se fera pas d’illusion, la 2vague entraînera un délestage du personnel de la catégorie 4. Et en attendant un vaccin, d’autres vagues risquent de se reproduire. L’APTS ne peut qu’inciter les gestionnaires des établissements du RSSS à consulter les équipes syndicales locales et à convenir avec elles des meilleures pratiques à adopter pour réduire au minimum le délestage et la réaffectation qui l’accompagne afin de profiter de l’expertise et des nombreuses compétences des professionnel·le·s et technicien·ne·s à leur emploi.

Non seulement réduira-t-on ainsi l’impact négatif sur les personnes privées des services auxquels elles ont droit, mais on diminuera aussi le surcroît de stress éprouvé par les membres de l’APTS. Il faudra également s’assurer de soutenir psychologiquement ceux et celles qui seront délesté·e·s, pendant leur réaffectation mais aussi lors de leur retour à leurs fonctions régulières. Les recherches démontrent que les répercussions d’un tel déplacement peuvent se ressentir plusieurs mois après l’événement. Ce sera un équilibre difficile à atteindre et, surtout, à maintenir.

Au cours de cette 2vague les équipes locales pourront compter sur le secteur de l’organisation du travail et des enjeux professionnels (SOTEP) de l’APTS, qui a analysé le phénomène cet été et continuera de suivre l’évolution de la situation en collaboration avec les autres secteurs et services du syndicat, afin de les aiguiller. Nous mettons tout en œuvre pour que nos membres passent au travers de cette 2vague le plus harmonieusement possible, dans chaque établissement.

Encore faudra-t-il que ces gestionnaires écoutent les membres des équipes syndicales. Espérons que le passé ne sera pas garant de l’avenir.

Au-delà de l’enjeu du délestage pour cette 2vague, l’APTS estime prioritaire que le gouvernement cesse d’ignorer le travail vital effectué depuis le début de la pandémie par les professionnel·le·s et les technicien·ne·s, particulièrement le personnel de laboratoire et les technologues en imagerie médicale sans qui il ne pourrait y avoir de diagnostic. Depuis le début de cette crise, le personnel de la catégorie 4 n’a pas accès aux mêmes incitatifs financiers que celui d’autres catégories alors que la surcharge de travail et la pénurie de main-d’œuvre l’affectent aussi. Le gouvernement doit corriger ces erreurs inacceptables. Cette préoccupation est au cœur de nos représentations.
Rédaction Andrée Poirier | 23 octobre 2020

4 commentaires

  1. Anne-Marie Beaupré sur 24 octobre 2020 à 8 h 10 min

    Merci beaucoup pour tous ces efforts déployé s afin de tenir au courant les membres de ce qui se trame encore avec la 2e vague.
    Nous faisons partie des professionnels qui ont été délestés et catapultés comme vous le dites si bien aux endroits névralgiques…les kinésiologues pour les nommer.
    Au nom de ceux et celles qui ont repris le flambeau ds leur vrai fonction mais aussi au nom de ceux et celles qui ne sont pas revenus je vous dit: persévérez et informez et tenter de trouvez avec la partie patronale un plan qui fait du sens pour tous les membres et qui tient compte de l’intégrité physique et psychologique des employés. On nous parle présentement d’un maximum de 8 sem de délestage et quine respecterait plus l’ancienneté ou le volontarisme mais rien ne semble vraiment et clairement décidé à ce niveau…
    Si vous avez des informations claires à ce sujet les partager pourrait être rassurant (sic) pour vos membres de toutes profession qu’il soit.

    Merci nous sommes derrière vous.

    • Chantal Mantha, conseillère en communication sur 3 novembre 2020 à 14 h 14 min

      Merci de votre soutien. Nous continuons de suivre la situation de près et de tenir les membres informé·e·s via nos publications (Info Négo et lefil@pts). Nous vous invitons à communiquer avec votre équipe locale advenant des situations problématiques.

  2. Marilyne Boulet sur 24 octobre 2020 à 9 h 30 min

    Bonjour, les informations que nous avons reçu dans notre département de la part de notre coordonateur clinico-administratif du centre de cancérologie sont les suivantes : à l’heure actuel, les besoins criants sont aux infirmières. Selon ses dires, les endroits « à combler » pour cette deuxième vague demandent actuellement des expertises particulières et c’est pourquoi certaines de nos infirmières ont quittés pour du délestage. Toutefois, étant donné que la situation change constamment il nous a été dit qu’il est possible qu’il y est du délestage du côté des technologues si d’autres besoins se faisaient sentir. Or, si cela avait lieu, le respect du volontarisme et de l’ancienneté serait appliqué.
    Voilà les informations que j’ai de mon côté

    Marilyne
    Technologue radio oncologie (délesté lors de la
    première vague)

  3. Chantal Mantha, conseillère en communication sur 3 novembre 2020 à 14 h 18 min

    Merci de nous en faire part. Plus que jamais avec les mesures de distanciation sociale, l’information que les membres nous transmettent est précieuses pour ajuster nos représentations à la réalité mouvante du terrain.

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