Le ressac

Le ressac

Dès le 21 mars, dans l’urgence de la crise, le gouvernement Legault a décidé de délester certaines activités pour pouvoir relocaliser rapidement le personnel vers les points chauds si nécessaire. Nombre de technicien·ne·s et de professionnel·le·s de la santé et des services sociaux ont ainsi réduit leurs activités, parfois de manière abrupte, délaissant une partie des personnes auxquelles ils et elles procuraient des soins et des services.

Le problème, c’est que le gouvernement a mal évalué où la COVID-19 allait frapper le plus fort. En misant tout sur les centres hospitaliers, sa ligne Maginot, le gouvernement a complètement délaissé les services sociaux.

Profitant de la désorganisation du réseau de la santé et des services sociaux (RSSS), du manque de matériel sanitaire et d’équipements de protection individuelle (ÉPI), qui sont toujours rationnés d’ailleurs, le virus a attaqué la partie la plus vulnérable de notre population, nos personnes aînées, regroupée dans les divers types de résidences spécialisées.

Devant l’ampleur de l’hécatombe, le gouvernement Legault a décidé de concentrer tous ses efforts, efficaces ou non, sur les CHSLD et les résidences privées pour personnes âgées. On déplace les médecins spécialistes, le personnel infirmier, les préposé·e·s aux bénéficiaires. M. Legault a même fait appel à l’armée canadienne.

Des employé·e·s de côté

Mais avec un RSSS complètement désorganisé et ce ministère de la Santé et des Services sociaux qui ne reconnaît pas le travail effectué par certain·e·s de ses salarié·e·s, le gouvernement a oublié une partie de ses troupes, particulièrement dans le secteur psychosocial, qu’il avait délestées de leurs tâches quotidiennes : les travailleur·euse·s sociaux·iales, les éducateur·trice·s spécialisé·e·s, les psychologues, les ergothérapeutes, les physiothérapeutes, les thérapeutes en réadaptation physique, etc.

Si on commence à les utiliser, un mois après l’arrêté, dans la grande région de Montréal, ces personnes sont toujours mises de côté ailleurs au Québec. Plusieurs attendent à la maison de pouvoir aller prêter main-forte, d’autres ont vu leurs heures diminuées alors qu’ils et elles pourraient en faire plus. Ce délestage complet, sans planification ni évaluation des besoins, aura des conséquences importantes que le gouvernement ne semble pas avoir envisagées.

Se préparer aux contrecoups à venir

Les besoins de la population pour les soins et les services que ce personnel procurait sont toujours là. En cessant brusquement certains traitements, on a aggravé certaines conditions et causé des préjudices à des personnes vulnérables. Au moment du retour à la normale, un ressac énorme risque de frapper ces secteurs d’activité. La fermeture des listes d’attente en santé mentale dans certaines régions nous fait d’ailleurs craindre le pire.

Et les mesures mises en place dans le contexte de la pandémie, dont le confinement, auront des répercussions sur l’intégrité psychologique de la population et la santé mentale de certains individus. On n’a qu’à penser aux services de protection de l’enfance, dont la DPJ, qui en auront plein les bras avec les futurs cas dont on ne prendra connaissance que lors du retour en classe ou en garderie, à la fin du confinement.

Déjà en manque d’effectifs, les services psychosociaux et de réadaptation ne pourront absorber ces deux contrecoups conjugués. La digue que nous avons maintenue au détriment de la santé des intervenant·e·s risque d’être submergée. Il faut y voir maintenant si nous ne voulons pas être pris·es collectivement avec une seconde crise sanitaire, d’un tout autre ordre.

Le gouvernement Legault doit rétablir un certain équilibre entre la lutte contre la COVID-19 et la poursuite de la vie normale en contexte de pandémie. Il doit déjà prévoir la suite des choses et mettre en place les services nécessaires pour soutenir les personnes qui devront faire face aux impacts négatifs des mesures mises en place.

La plupart des établissements du RSSS ont refusé la main tendue de l’APTS pour instaurer un comité paritaire d’urgence afin de planifier le délestage et de s’assurer que les soins et les services auprès des populations vulnérables soient maintenus le plus longtemps possible.

Espérons qu’ils accepteront celle qu’on leur tend aujourd’hui pour éviter que le ressac ne se transforme en raz-de-marée.

Par Andrée Poirier, présidente de l’APTS | 23 avril 2020

3 commentaires

  1. veronique bibor sur 25 avril 2020 à 10 h 24 min

    en effet tout ces professionels pourraient et devraient prêter mains fortes ds les chsld et résidences. est ce que les journalistes qui interviennent aux conférences de presse ne pourraient pas questionner pourquoi ces corps de métiers ne sont pas sollicités?

    • Islande Pierre sur 26 avril 2020 à 9 h 17 min

      D’après moi,je penses qu’il est absolument nécessaire de mettre en place une procédure bien structurer de tous nos professionnels-les afin de bien préparer pour la suite des choses. Nous avons tous et toutes un rôle très important à jouer dans cette situation que nous faisons face aujourd’hui.En tant que professionnels -les chacun de nous peut contribuer à la réussite afin d’éviter d’autres impacts négatifs à l ‘avenir (Un pour tous, Tous pour Un) « L’UNION FAIT LA FORCE « .

  2. lyne bergeron sur 28 avril 2020 à 10 h 07 min

    On délaisse nos suivis psychosociaux pour allez répondre dans les CHSLD, la moitié de nos équipes en Jeunesse sont délestés et ce drame est arrivé ce week-end une petite fille de 11 ans a été tuée par sa mère. D’autres drames il y en aura, le ressac a débuté et ce qui est à venir me fait peur. Les familles vulnérables ne prennent pas la parole et ceux qui sont sur la Sécurité du revenu n’ont droits à aucune aide c’est vraiment déplorable.

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