Éditorial

Les conditions de la résilience

Les conditions de la résilience

Nous avons appris avec consternation dans la semaine du 7 février dernier le décès de deux jeunes intervenantes du Centre jeunesse de Montréal. Un choc terrible pour leurs collègues, l’ensemble des intervenant·e·s en protection de la jeunesse et bien des membres de l’APTS.

À ce jour rien ne nous permet de conclure que leur expérience de travail, que l’on sait émotivement éprouvante, est à la source de ces drames. Plusieurs facteurs y ont sans doute contribué. Nous ne connaissons pas leur vie, leurs angoisses, leurs chagrins. On peut toutefois imaginer leur fatigue émotionnelle.

On sait que dans ce milieu nos membres côtoient quotidiennement des gens aux prises avec de graves problèmes, vivant des drames déchirants, et sont témoins de quantité de situations crève-cœur. Il faut être « fait·e fort·e » pour encaisser de façon répétée un niveau d’émotion aussi élevé. Alors oui, on encaisse, on se tait parce que « ça vient avec la job », on continue parce qu’il y a tant d’enfants et de familles à aider. Et on néglige de s’aider soi-même.

Ce qui en a surpris plusieurs, c’est que deux jeunes femmes qui travaillaient dans le réseau de la santé et des services sociaux aient pu atteindre ce point de non-retour sans obtenir de soutien dans leur milieu professionnel. Mais qui, dans ce milieu, a le mandat de prendre soin de ces jeunes gens, diplômés depuis quelques années à peine, avec au cœur l’espoir de faire une différence dans la vie d’autres jeunes « mal parti·e·s »? Les personnes qui ont la responsabilité de ces salarié·e·s dans les mégastructures administratives que sont les CISSS et les CIUSSS n’ont souvent qu’un lien hiérarchique avec leurs équipes sur le terrain et ne connaissent leur réalité que de loin.

Pourtant, un encadrement adéquat peut faire la différence entre aller quand même bien et ne plus être capable du tout d’en prendre. Il n’y a pas que moi qui le dit.


Quelques jours à peine avant le geste de ces deux intervenantes montréalaises, dans le cadre de la semaine de prévention du suicide, deux chercheurs présentaient un aperçu d’une étude sur la détresse psychologique du personnel de la santé pendant la pandémie.

L’étude menée par le DNicolas Bergeron, psychiatre au CHUM, et Steve Geoffrion, codirecteur du Centre d’étude sur le trauma et chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, a suivi 373 soignant·e·s du CHUM, ainsi que des CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal et de la Capitale-Nationale, qui ont fait un programme d’autosurveillance avec une application mobile entre mai et septembre 2020. Elle est présentée dans une conférence vidéo  produite par le CHUM.

Leurs travaux révèlent qu’environ 15 % des participant·e·s sont très éprouvé·e·s par la situation actuelle, au point d’enregistrer des taux de dépression, d’anxiété et de trouble de stress post-traumatique de trois à quatre fois plus élevés que d’habitude. Ils nous invitent par contre à considérer que les autres (85 %) ont été capables de s’adapter, malgré l’ampleur des bouleversements suscités par la pandémie. Ce que je retiens de leurs conclusions, c’est que la résilience est possible dans un environnement de travail qui préserve la satisfaction professionnelle et la cohésion des équipes.

Les propos de ces chercheurs rejoignent ceux que nous répétons sans cesse dans le cadre des négociations en cours en réclamant pour le personnel de la catégorie 4 davantage de reconnaissance, le respect de l’autonomie professionnelle et la fin d’une surcharge qui déshumanise autant le travail que les services à la population. En acceptant la mise en place de mesures qui permettraient que le travail, même éprouvant, puisse aussi être une source de satisfaction, le gouvernement pourrait apaiser bien des souffrances.

Je vous invite à prendre soin de vous autant que de vos proches et vous rappelle que des ressources sont disponibles en tout temps grâce à la Ligne québécoise de prévention du suicide au 1 866 APPELLE (277-3553).

Photo : Vigile en hommage aux deux jeunes intervenantes du Centre jeunesse de Montréal le 15 février 2021.

Rédaction Andrée Poirier | photo Marie-José Chagnon | 24 mars 2021

1 commentaire

  1. Johanne Brault sur 25 mars 2021 à 8 h 37 min

    Merci, je crois que le covid-19 contribue à maintenir un climat plus stresseur et la lenteur de la vaccination. J’ai 61 ans, je suis obèse et diabétique, je travaille surtout en CLSC parfois à domicile et à l’école. Je me questionne sur les position de notre gouvernement, retour à l’école complet même en zone rouge lundi, et la distanciation se fera comment…

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