Une relance économique sourde et aveugle

Une relance économique sourde et aveugle

Après tous les sacrifices consentis par la population pour limiter les effets de la pandémie, après la confiance que les Québécois·es ont mis dans leur gouvernement en suivant ses directives malgré les nombreuses contraintes imposées à leur liberté, après toutes les réflexions que cette situation exceptionnelle a inspirées et tous les constats appelant des changements d’envergure dans nos façons de faire, c’est vraiment consternant qu’on nous propose une sortie de crise aussi peu inspirée.

Je n’ai pas caché mon mécontentement aux membres de la Commission des finances publiques de l’Assemblée nationale quand j’ai présenté le 9 juin l’avis de l’APTS au sujet du projet de loi no 61, censé relancer l’économie du Québec et atténuer les conséquences de l’état d’urgence sanitaire déclaré en mars.

Ce que nous propose le gouvernement Legault? Des investissements dans les secteurs traditionnellement masculins des infrastructures et de la construction, un « allègement » des contrôles administratifs et environnementaux laissant le champ libre aux promoteurs abusifs et une prolongation de l’état d’urgence sanitaire qui limite les droits des salarié·e·s du réseau de la santé et des services sociaux (RSSS).

Cette recette économique à base de béton ressemble étrangement à celle que nous avait concoctée le gouvernement Charest pour retrouver l’équilibre budgétaire après la crise de 2008. Nous n’avons pas oublié qu’elle était agrémentée de mesures d’austérité qui ont eu pour effet de ravager les services publics. Et qui a écopé? Les femmes, qui représentent la vaste majorité de la main-d’œuvre dans les services publics et qui y ont largement recours en raison des rôles de mère et de proche-aidante qu’elles jouent au sein de leur famille.

Je ne pouvais pas passer sous silence l’impact de ce projet de loi sur les membres de l’APTS, dont 86 % sont des femmes. D’autant plus que le maintien de l’état d’urgence risque d’entraver les droits syndicaux, laissant les salarié·e·s à la merci des directions des établissements. Nous ne pourrons pas tolérer de vivre une deuxième vague de la pandémie dans les mêmes conditions.

La pandémie nous a fait réaliser que nous pouvons vivre autrement et ralentir le rythme effréné qui nous entraîne vers un monde qui ne fait pas plus de place à l’humain qu’à la nature.


Nous nous serions attendu·e·s à ce que le gouvernement ait vu et entendu ce qui a émergé au cours des derniers mois et nous fasse des propositions conformes aux aspirations en matière d’environnement, de droits humains et de bien-être. Son « évolution tranquille » ne convainc pas autant que ses appels au confinement.

Heureusement l’opposition a bien joué son rôle de chien de garde et a bloqué l’adoption précipitée de ce projet de loi au dernier moment, juste avant la clôture de la session parlementaire. Le gouvernement a maintenant jusqu’à la mi-septembre pour faire une proposition de relance économique plus avisée.

Dans un autre ordre d’idées, je me dois de signifier l’opposition de notre organisation à la violence et à la discrimination qui minent le quotidien de personnes racisées ou autochtones. Le meurtre de George Floyd aux mains des forces policières américaines a été un choc de trop, après tant d’autres événements tragiques, qui appelle à une lutte active contre le racisme systémique et toute autre forme d’exclusion et de discrimination. Ça aussi c’est vital, vous ne trouvez pas?

Par Andrée Poirier, Présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux | 17 juin 2020

1 commentaire

  1. Anne sur 19 juin 2020 à 7 h 30 min

    Il serait intéressant de partager votre rexte sur facebook

  2. Helene Pilozzi sur 19 juin 2020 à 9 h 15 min

    C’est irresponsable de la part d’un gouvernement de tirer comme conclusion d’une telle tragédie qu’on a vécue ici, une loi 61 qui fait fi de la démocratie et ne parle que de business.Ils auraient du y aller aux autres dans tous les Centres car ça souffrait partout même chez nous où les psychologues absorbaient deux caseloads alors que leurs collègues étaient envoyés de force dans les Chsld.Je débarque, bon moment pour prendre ma retraite, je suis scandalisée.

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