Un travail social réparateur

Un travail social réparateur

Marianne Ménard est chargée de relocaliser les personnes résidant au CHSLD de l’Ouest-de-l’Île, connu sous le nom de Herron, en vue de sa fermeture prochaine. Pour trouver l’énergie nécessaire à la réalisation de ce mandat, particulièrement délicat dans un contexte post-traumatique, elle puise dans ce qui est l’essence même du travail social.

Une travailleuse sociale se doit d’être en mode solution et d’amener les gens auprès de qui elle intervient à partager cet état d’esprit et à faire équipe avec elle pour avancer. C’est ainsi que Marianne Ménard aborde la question de la relocalisation des résident·e·s·avec leurs proches ébranlé·e·s par le drame vécu en 2020 dans l’établissement privé auquel ils ou elles ont confié une personne en lourde perte d’autonomie.

À la mi-novembre 2020, le CHSLD situé à Dorval est rebaptisé CHSLD de l’Ouest-de-l’Île (ODI). Il appartient désormais au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Au même moment Marianne quitte temporairement son poste de gestionnaire de trajectoire au CIUSSS pour prêter main-forte à l’équipe réduite du CHSLD en prévision de sa fermeture. Elle devra trouver un milieu de vie approprié pour les 49 personnes qui ont survécu à la première vague de COVID-19, toutes très âgées. Au moment d’écrire ces lignes, c’est chose faite pour 29 d’entre elles.

« C’est le travail que je faisais déjà en prévoyant les conditions du retour à domicile des personnes hospitalisées, explique Marianne, mais le contexte est particulier du fait que les personnes hébergées ne peuvent pas être en contact direct avec leur famille, que le personnel est en nombre réduit compte tenu de la fermeture de lits, et que plusieurs de ses membres sont en choc post-traumatique. »

Alors Marianne agit non seulement comme courtière de ressources mais aussi comme soutien psychologique auprès des familles et des membres du personnel. « Je porte plusieurs chapeaux, dit-elle, en aidant autant les familles, en proie à une certaine culpabilité pour avoir confié leur parent à une institution devenue si tristement célèbre, que les salarié·e·s, qui vivent une certaine anxiété à la veille de leur témoignage dans le cadre de l’enquête en cours. »

Or malgré les bouleversements associés à ce démantèlement inéluctable de l’établissement, les services doivent être maintenus pour les gens qui y résident encore.


Marianne évoque la scène des violonistes qui continuent de jouer pendant que le Titanic sombre.

« Toute personne a droit à sa dignité jusqu’au terme de sa vie. Ces gens-là ont travaillé, ont élevé des enfants, ont soutenu leurs propres mère et père, il est hors de question de les abandonner aujourd’hui. Même privés de mémoire à court terme, même en proie à la démence, ils perçoivent l’énergie ambiante et y sont sensibles. Ils ont droit à un nouveau départ pour le temps qu’il leur reste. »

« Pour ce mandat au CHSLD ODI, je travaille étroitement et sur un pied d’égalité avec des gestionnaires. Nous avons nos fonctions respectives tout en formant une équipe très soudée. Ce devrait toujours être le cas car gestionnaires et syndiqué·e·s ont besoin de collaborer pour accomplir leur mission. »

De fait, la travailleuse sociale ne s’en est pas tenue à une définition stricte de son rôle depuis qu’elle a joint la « famille » du CHSLD ODI. En plus de son rôle pivot auprès des familles, elle a fait des boîtes pour des déménagements orchestrés en urgence, participé à l’opération vaccination, passé le jour de Noël avec les personnes hébergées, joué au bingo, ri et pleuré avec elles.

Malgré le traumatisme récent, le parfum de scandale et le voisinage de la mort, les inconvénients du délestage pour l’équipe qui reste, la lourde tâche et les longues heures de travail, Marianne a trouvé beaucoup d’amour dans ce mandat au CHSLD. Les larmes ne sont pas loin quand elle évoque sa fin, prévue dans quelques mois.

« Comme travailleuse sociale, je m’engage cœur, corps et âme, confie-t-elle. Je ne suis pas la seule. Je crois que beaucoup de mes collègues vont se reconnaître dans ce que je raconte. »

Rédaction Chantal Mantha | 16 mars 2021

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