Tendre la main à la relève dès la période des études

Tendre la main à la relève dès la période des études

On attend d’un jour à l’autre les conclusions des travaux d’un comité chargé par le gouvernement de proposer des moyens d’améliorer le sort des stagiaires en sciences humaines, en éducation, en santé et en services sociaux. C’est en effet dans ces domaines qu’on retrouve les stages obligatoires non rémunérés que dénoncent les étudiant·e·s qui ont fait la grève en mars.

Tel qu’annoncé en novembre dernier au cours d’une première semaine de grève qui avait rallié 60 000 stagiaires, quelque 35 000 étudiant·e·s ont débrayé dans la semaine du 18 mars. Le mot d’ordre de grève a été reconduit à certains endroits la semaine suivante. Le tout s’est conclu par une manifestation le 28 mars dans les rues de Montréal pour réclamer la reconnaissance du travail utile réalisé par les stagiaires – à traduire, bien sûr, par sa rémunération. Ce sont surtout les étudiant·e·s universitaires provenant de l’Université de Montréal, de l’Université Concordia, de l’UQAM et de l’Université Laval qui ont répondu à l’appel à la mobilisation.

Dans un contexte où la pénurie de main-d’œuvre compromet le bon fonctionnement du système d’éducation, tout comme celui de la santé et des services sociaux, il serait inconséquent de la part du gouvernement de faire fi des revendications des organisations étudiantes. Pour accroître le pouvoir d’attraction de ces professions en demande, trop souvent décrites comme ingrates, il se doit d’atténuer les inconvénients liés à la formation qui y mène. D’où le comité de travail créé en décembre.

En janvier le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a déclaré n’exclure aucun scénario, sauf celui du statu quo, dans l’examen de l’encadrement des stages. Il s’est engagé à consulter les associations étudiantes, les directions d’établissement, les partenaires du marché du travail et les autres ministères concernés.

Les associations étudiantes ne font pas toutes la même lecture de la démarche gouvernementale. Certaines sont encouragées et « laissent la chance au coureur ». D’autres, déçues de n’avoir vu dans le budget déposé en mars aucun indice d’un financement prochain des stages, soupçonnent Québec de reporter sa décision en avril parce que, la fin du semestre approchant, la mobilisation sera plus difficile advenant une réponse insatisfaisante.

Le mouvement étudiant est aussi partagé sur la solution à apporter aux difficultés financières vécues par trop de stagiaires, qui se traduisent souvent par un endettement important.


Alors que la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et l’Union étudiante du Québec (UEQ), consultées par le ministre, sont ouvertes à des compensations financières pour certains stages seulement, le Comité unitaire sur le travail étudiant (CUTE), exclu de la rencontre ministérielle, réclame un salaire pour tous les stages.

Quel que soit le « scénario » retenu par le comité ministériel, il devra prendre en compte le besoin de relève dans des secteurs politiquement sensibles. La Coalition Avenir Québec a ciblé l’éducation, la santé et les services sociaux pour séduire l’électorat. Or pour livrer ses promesses d’amélioration des services, elle aura besoin de personnel dévoué en quantité suffisante. Il faut attirer les jeunes dans ces domaines réputés exigeants, et ce, dès les études. Des conditions de stage rébarbatives n’y contribueront pas.

De plus, pour que les stages atteignent leurs objectifs de formation, du personnel expérimenté et disponible, chargé de leur encadrement, est essentiel. Dans le contexte de surcharge actuel, il y a là aussi un défi. L’APTS a souvent inclus cette préoccupation dans ses demandes en période de négociation des conventions collectives.

Chat échaudé…

On comprend le scepticisme, voire la méfiance, de certaines associations étudiantes quand on apprend que les fonds destinés aux internes en psychologie s’avèrent insuffisants. À la suite de leurs moyens de pression en 2016-2017, 250 bourses de 25 000 $ leur avaient été promises pour les soutenir durant leur année d’internat. Considérant que cette dernière compte 1 600 heures de travail, on parle ici d’un salaire horaire de 15 $. Or, on a sous-estimé le nombre de doctorant·e·s aspirant à faire leur stage dans le secteur public, de sorte que des dizaines de ces psychologues en devenir se retrouvent sans revenu durant l’internat. Elles et ils effectueront pourtant pendant cette année 80 % de la tâche d’un·e psychologue dans les réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux. Pour des clous.

Près de 100 000 stages universitaires par année
77 % ne sont pas rémunérés
49 % sont liés au domaine de la santé


 

La Fédération des doctorant·e·s en psychologie (FIDEP) qui les représente a convoqué une manifestation devant l’Assemblée nationale le 20 mars dernier, pour revendiquer des bourses supplémentaires. Éviter l’odieux tirage au sort auquel certaines universités ont dû recourir pour répartir leurs bourses est le moins que l’on puisse espérer.

L’APTS inscrit son appui à un meilleur encadrement des stages, incluant une forme de rémunération, dans le cadre plus large d’une lutte féministe contre la ségrégation professionnelle. Il est inacceptable que soit traité comme du bénévolat le travail exécuté au cours des stages menant à des professions occupées en grande majorité par des femmes, alors que ce n’est généralement pas le cas pour des stages dans des domaines où prédominent les hommes, comme en génie par exemple.

rédaction Chantal Mantha | illustration Alain Reno | 18 avril 2019

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