« Seulement » physiothérapeute

« Seulement » physiothérapeute

Mélanie Lapointe, physiothérapeute, nous décrit avec émotion comment elle vit son travail dans un centre hospitalier désigné COVID depuis près d’un an.

D’abord submergée par le tourbillon d’information et d’appels à l’adaptation dans nos vies personnelles, il a fallu multiplier les efforts dans nos milieux de travail également. Vaquant sans relâche comme professionnel·le·s de la santé, nous avons vu notre environnement de travail se métamorphoser et nos conditions se complexifier et se dégrader.

Pour ma part, en tant que physiothérapeute, j’ai d’abord prêté main-forte à l’équipe de dépistage de manière à maintenir le rythme et l’assiduité attendus des collègues sur le terrain et à leur offrir un climat de travail plus sécuritaire. J’ai dû apprendre rapidement à poser l’ensemble des actes requis par le dépistage.

Je suis également venue en renfort auprès des préposées aux bénéficiaires sur différentes unités de soins qui se retrouvaient en effectif réduit en raison des nombreuses absences au travail. Encore une fois, une nouvelle réalité de travail impliquant des tâches inhabituelles m’a contrainte à un apprentissage rapide et à une adaptation en termes de conciliation famille-travail. Ce faisant, temps supplémentaire oblige, je fais régulièrement des semaines de travail de près de 50 heures.

Le travail le plus difficile que j’ai eu à faire depuis le début de cette pandémie est sans aucun doute les soins directs de physiothérapie auprès de personnes déclarées positives à la COVID-19.


La charge émotionnelle et psychologique est indescriptible. La seule vue de ces personnes démunies, déconditionnées, épuisées, découragées, à bout de souffle et isolées entre quatre murs, est difficilement supportable. Plusieurs journées de labeur dans cette zone sous haute sécurité ont débuté avec l’annonce d’un plus grand nombre de décès que de congés hospitaliers. J’ai ressenti un grand sentiment d’impuissance, souvent camouflé derrière un masque à cartouches et une attitude professionnelle rendue nécessaire par la productivité exigée dans un contexte inédit. Plusieurs collègues du réseau sont tombé·e·s au combat, en contractant la COVID-19, en s’épuisant au travail ou même en s’enlevant la vie. Que de tristesse…

Ce combat doit se poursuivre, malgré l’incertitude et l’insécurité, car nous savons très bien que nous mettons notre santé et celle de nos familles à risque.

La collaboration entre collègues est ce qui me permet de tenir bon. S’est installée spontanément une alliance thérapeutique qui place enfin tous les titres d’emploi sur un même pied d’égalité, car la contribution de chacun·e est essentielle.

Malgré cela, plusieurs d’entre nous sont victimes d’iniquité dans l’octroi des primes COVID. Le gouvernement Legault manque grandement de reconnaissance envers les professionnel·le·s et les technicien·ne·s de la santé et des services sociaux. J’essaie tant bien que mal de ne pas trop y penser car cette situation engendre de forts sentiments d’injustice, de colère, de frustration, d’indignation et de démotivation qui me donnent envie de crier mon désespoir et mon désarroi d’être « seulement » une physiothérapeute. Chaque jour de travail m’impose de taire ces sentiments destructeurs pour être en mesure d’offrir réconfort et empathie aux autres.

Rédaction Mélanie Lapointe | 24 mars 2021

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