Édito

Ramener de l’écoute et de l’humanité dans le réseau

Ramener de l’écoute et de l’humanité dans le réseau

Dans son récent discours inaugural, le premier ministre Legault a fait allusion à l’effet «démoralisant» que les réformes successives, l’instabilité budgétaire, la gestion trop rigide et la lourdeur administrative ont eu sur le personnel du réseau. Si je ne m’abuse, c’est la première fois qu’un «politique» le reconnaît.

18 décembre 2018 | «On doit renverser cette tendance», a-t-il insisté. Il a également déclaré : «En santé, ce sont les malades qui doivent nous préoccuper. J’invite les ministres et les employés de l’État à être à l’écoute des besoins des gens et à agir en tout temps avec HUMANITÉ [les majuscules sont de lui].»

Je prends la peine de souligner ces propos, non pas pour flatter leur auteur mais parce qu’ils témoignent, au plus haut niveau de l’État, du changement de ton que la nouvelle ministre de la Santé et des Services sociaux a été la première à évoquer.

De tels propos supposent un changement d’approche radical par rapport à ce que nous avons connu ces dernières années. Réinstaurer un esprit de collaboration constituera un immense défi. La barre est haute, et les attentes seront grandes envers le nouveau gouvernement.

La ministre McCann s’est appliquée activement à prendre le pouls du réseau jusqu’ici. Elle a rencontré des usager·ère·s, des ordres professionnels, des médecins spécialistes, des représentants syndicaux. Elle a même déjà à son actif quelques décisions qui logent sous le signe de l’«humanité» souhaitée par son patron.

J’ai eu l’occasion de la rencontrer le 14 décembre dernier. Elle m’a semblé sincère dans son désir de favoriser une approche aux antipodes de celle de son prédécesseur. Pareille attitude laisse entrevoir un changement de gouvernance salutaire, dont il faut espérer qu’il survivra à l’épreuve des arbitrages difficiles et des choix décisifs.

Il faudra aussi que la ministre s’emploie à regagner la confiance du personnel du réseau. Outre les réformes successives et les multiples compressions budgétaires que nous avons traversées, l’absence d’écoute systématique a eu des effets dévastateurs sur le moral de nos membres.

Surcharge de travail, épuisement, détresse psychologique, atteinte à notre autonomie professionnelle sont des phénomènes que nous avons maintes fois dénoncés et auxquels il faut remédier durablement. C’est un véritable non-sens que les gens qui soignent les gens aient besoin à leur tour d’être soignés.

Ces quatre dernières années, à cause de notre interlocuteur, nous n’avions pas d’autre choix: notre discours a dû se cantonner à la dénonciation et à la confrontation. Les voies du dialogue et de la collaboration étaient impraticables. Ces canaux de communication semblent maintenant rétablis. Et c’est tant mieux. Nous les retrouvons comme autant de cordes à notre arc.

On peut ainsi revenir à un syndicalisme plus large, plus stratégique, plus nuancé et plus complet, un avantage à la veille des prochaines négociations nationales. Un syndicalisme tantôt dénonciateur et mobilisateur, tantôt revendicateur, tantôt collaboratif et constructif aussi, mais toujours profondément respectueux du mandat qui est le nôtre: la défense des meilleurs intérêts de nos membres.

S’il y a davantage d’écoute et de collaboration dans le réseau, il y aura forcément davantage d’humanité. Nous y travaillerons.

RÉDACTION CAROLLE DUBÉ | 18 décembre 2018

5 commentaires

  1. CaroleDufresne sur 18 décembre 2018 à 12 h 02 min

    Bravo aux politiciens en charge de s’ouvrir les yeux! Mme la présidente, vous êtes bien placée pour évaluer les dégâts occasionnés tant aux patients qu’aux personnels soignants…la tâche est dure au quotidien de garder le cap vers un service humanisé quand on court jusqu’à ne plus savoir où donner de la tête! Des analyses sur les salaires qui durent des décennies alors que pan Canada le salaire dans le milieu de la santé sont bien plus représentatif des responsabilités qui nous incombent. Continuez de garder un oeil ouvert sur les différents paliers organisationnels pour que les employés soient écoutés davantage dans leurs interventions….une tâche répétitive plus qu’essouflante!

  2. LIse Côté, iss sur 19 décembre 2018 à 10 h 11 min

    Bravo pour tous vos efforts enfin accueillis. Depuis 2006, j’entends, comme intervenante en soins spirituels, cette souffrance du personnel soignant de ne pouvoir prendre le temps nécessaire pour écouter leurs patients sachant que ce temps vaudrait bien des pilules.

    Je prendrai ma retraite dans moins de 6 mois. Il y a quelques années, je demandais si je serai remplacée. La réponse fut la suivante : pas à plein temps. Je suis en retraite progressive à 3 j/semaine. À la fin du mois d’août, je me suis fait dire que je devais rencontrer plus de nouveaux clients si je voulais être remplacée. Notre performance est calculée sur le nombre de clients rencontrés une fois dans toute l’année. C’est dire que tous les suivis, souvent nécessaire pour un mieux-être du client, les notes au dossier et les autres tâches inhérentes à notre service ne sont pas inclus dans ces calculs. Une situation plus qu’injuste que je dénonce, sans résultat, auprès de mes patrons, depuis au moins 2009. Devons-nous satisfaire ces exigences ou rester centrer sur le bien-être du client, c’est le défi que nous avons à relever chaque jour.

  3. Danielle Deraps sur 19 décembre 2018 à 17 h 18 min

    Humanité, ouverture,discussion. Voila autant de besoins fondamentaux que nous travailleurs de la santé s’étions forcés à mettre aux oubliettes. Un vent de changement avec un nouveau gouvernement est le bienvenue!!!

  4. Sophie Bouchard sur 25 décembre 2018 à 8 h 38 min

    Merci, Madame la présidente, pour ce billet tout à fait pertinent, véridique et prometteur de jours meilleurs. Mes meilleurs voeux pour la nouvelle année.
    Sophie, TS en CLSC, Montréal

  5. Joanne Sansfaçon sur 26 décembre 2018 à 10 h 21 min

    Merci madame Dubé de votre édito nuancé qui parle de l’essentiel. Nous venons de traverser ces quatre dernières années l’une des pires périodes des trente dernières années pendant lesquelles j’ai œuvré dans le réseau de la santé et la dénonciation était notre seul outil de pouvoir pour ne pas abandonner notre clientèle dans cette dés-organisation. Le mot  »écoute » et l’ espoir de collaboration ressurgit et fait un grand bien à l’aube de 2019.

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