Pour des stages rémunérés en santé et services sociaux

Pour des stages rémunérés en santé et services sociaux

Alors que près d’un millier d’étudiant·e·s manifestaient dans les rues de Montréal le 21 novembre dernier pour réclamer la rémunération de leurs stages, l’APTS leur offrait son soutien, choquée par la dévalorisation des emplois majoritairement féminins.

18 DÉCEMBRE 2018 | Entre 50 000 et 60 000 jeunes fréquentant les collèges et les universités du Québec étaient en grève durant la troisième semaine de novembre. Dans leurs rangs, beaucoup de jeunes femmes. Car dans les secteurs d’études menant à des emplois traditionnellement féminins, en éducation et en santé et services sociaux, les stages sont rarement rémunérés. Ce qui n’est pas le cas dans des domaines où se retrouvent majoritairement leurs confrères masculins, en génie par exemple. Avec un effectif à 86 % féminin, l’APTS ne peut que dénoncer cette iniquité.

La mobilisation étudiante sur la rémunération des stages soulève des questions fondamentales sur la valeur du travail a souligné l’APTS, qui refuse d’endosser le principe selon lequel prendre soin serait moins valable que produire ou construire.

Une enquête de l’Alliance des centres-conseils en emploi révélait que 77 % des stagiaires n’avaient reçu aucune rémunération en 2016, principalement pour les stages réalisés dans le secteur public, là où l’on retrouve les futures technologues en imagerie médicale, travailleuses sociales, éducatrices… De fait, aucun des stages exigés des futur·e·s membres de l’APTS n’est rémunéré.

En plus de ce manque de considération pour des professions essentielles et très en demande, voire en pénurie, l’APTS déplore l’absence d’encadrement légal entourant les stages.


Saviez-vous qu’une personne qui effectue un travail dans le cadre d’une formation générale n’est même pas couverte par toutes les dispositions de la Loi sur les normes du travail? Non seulement on ne la rémunère pas, mais on ne lui offre pas non plus de protection légale de base, par exemple en matière de violence et de harcèlement.

C’est pourquoi l’APTS a pris position en faveur d’une rémunération et d’un encadrement légal convenables pour le travail étudiant. En marge de cet engagement syndical, nous avons discuté avec trois représentantes de la relève, attirées par le travail social et biomédical. À titre d’exemples parmi beaucoup d’autres, voici quelques extraits des témoignages de ces futures membres APTS!

Virginie, 27 ans, en appartement

« J’étudie en travail social et j’ai l’intention de devenir travailleuse sociale dès l’obtention de mon diplôme. J’aime beaucoup le stage que j’effectue présentement en CLSC et j’aimerais travailler dans ce milieu dans l’avenir. Je suis en dernière année de mon bac et je terminerai bientôt la première moitié de mon stage final de huit mois. »

« Nous avons trois stages à faire, à raison d’un par année. Le premier stage est d’une demi-journée par semaine, le deuxième d’une journée par semaine et le troisième de trois jours par semaine. Les étudiantes universitaires en travail social doivent donc faire plus de 750 heures de travail gratuit durant leur baccalauréat. »

« Lors de mes deux premiers stages, j’ai fait de l’intervention dès la première journée. On nous parle de stages d’observation, mais ce n’est pas vrai du tout. Même au cours du stage d’observation de troisième année, je fais de l’accompagnement, de la référence, de la co-intervention, de multiples rapports. Je suis consciente que j’ajoute à la charge de travail de mon superviseur1 et que, pour l’instant, je n’interviens pas de façon autonome. Mais ma formation m’amènera à faire un travail important pour la société, qui servira grandement les institutions de services sociaux. »

« Toute personne qui commence un nouvel emploi reçoit une formation payée qui comprend souvent de l’observation, au même salaire que celui qu’elle recevra une fois la formation terminée. Pourquoi ne sommes-nous pas éligibles à un salaire, même moindre, pour nos stages? »


« Puisque j’ai travaillé cet été, on me retire une portion significative de mes prêts et bourses. Je vis donc maintenant de mes économies et de l’aide de mes parents. »

« Les inégalités entre les domaines féminins et masculins sont scandaleuses. Mon frère a fait des stages au gouvernement fédéral généreusement rémunérés et il a été capable d’économiser pour faire une maîtrise. Je suis pénalisée parce que je suis dans un domaine féminin. La situation des stagiaires féminines est tellement précaire, alors que nous méritons mieux que la misère, même si elle est passagère. »

« Faire la grève durant nos heures de stage est le seul rapport de force que nous pouvons établir avec le gouvernement pour le forcer à prendre nos revendications au sérieux. »

Vicky, 22 ans, hébergée dans le salon de son parrain

« J’étudie au baccalauréat en travail social et j’aimerais plus tard travailler auprès des nouveaux arrivants ou des personnes âgées, soit en soutien à domicile ou en soins palliatifs. J’en suis à ma deuxième année de baccalauréat et je viens de terminer mon deuxième stage. »

« Dès notre deuxième stage, nous effectuons le travail d’une salariée dans le milieu. Les employeurs bénéficient donc d’une main-d’œuvre gratuite. »


« Pour gagner ma vie durant la période de stage, je travaille dans les cuisines du bar de l’université, les soirs après les cours. De plus, ma grand-mère m’aide financièrement car je n’ai pas droit aux prêts et bourses. Sans son aide, je n’aurais pas les moyens d’étudier. »

« Je revendique un salaire durant mon stage pour mettre fin au travail gratuit et à la précarité financière des étudiantes, ainsi que pour obtenir toutes les protections sociales auxquelles les salariées ont droit (sécurité au travail, chômage, protection en cas d’abus, syndicalisation, etc.). »

Marie-Philippe Lévesque, 27 ans, technologiste médicale diplômée depuis deux ans

« J’ai terminé en 2016 un stage de 26 semaines en techniques d’analyses biomédicales dans un centre hospitalier. Nous avions un nombre de semaines précis à faire dans chacun des départements, suivi d’un examen, sans pause entre chacun. Nous étions dans les laboratoires généralement du lundi au jeudi de 8 h à 16 h, parfois plus tôt et parfois plus tard. Le vendredi, nous devions être disponibles pour les examens ou les rencontres. »

« Je travaillais la fin de semaine comme commis-caissière dans un dépanneur. Je vivais à Joliette, mes stages avaient lieu à Victoriaville et les rencontres et examens théoriques du vendredi se déroulaient au cégep de Shawinigan. Aucun stage n’était offert dans ma région à ce moment-là. Heureusement, ma mère pouvait m’accueillir chez elle la semaine à Trois-Rivières. La fin de semaine, je revenais chez moi pour travailler. »

« Ce fut une période très difficile car j’ai travaillé 7 jours sur 7 pendant six mois, sans congé, en me déplaçant constamment. »


« Souvent mes monitrices de stage me reprochaient d’être fatiguée. Elles me conseillaient de me louer une chambre à Victoriaville mais je n’en n’avais pas les moyens. »

« Je crois que nous devrions avoir un salaire car nous effectuons bien souvent le même travail que les technologistes, ce qui permet à l’employeur de confier d’autres tâches à son personnel. De plus, comme nous sommes souvent par la suite embauchées là où nous avons fait notre stage, l’employeur n’a pas besoin de nous former. Il économise ainsi temps et argent. »

1L’encadrement des stagiaires est exigeant pour les professionnel·le·s et les technicien·ne·s d’expérience en charge de leur supervision. Des aménagements devraient être apportés de manière à prendre en compte cette surcharge.

Rédaction Chantal Mantha | PHOTO Ryan remiorz/la presse canadienne | 18 décembre 2018

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