Les lendemains du cannabis légal

Les lendemains du cannabis légal

La plupart des intervenant·e·s en dépendance consulté·e·s de façon informelle au lendemain de la légalisation du cannabis ne s’attendaient pas à un bouleversement dans leur travail après le 17 octobre.

La question a été lancée le jour même sur les réseaux sociaux et à l’occasion d’une réunion du comité consultatif APTS sur les centres de réadaptation en dépendance le 18 octobre : la légalisation du cannabis changera-t-elle votre pratique professionnelle? D’emblée, plusieurs rappellent que les problèmes surviennent quand la consommation, de drogue ou d’alcool, crée une dépendance dont l’impact nuit à la santé et au bien-être de la personne ou de ses proches. Légal ou pas, le pot demeure une drogue qui peut causer beaucoup de tort à certaines personnes et pas du tout à d’autres. Tout comme l’alcool, dont la consommation dévaste quantité de vies tout en étant socialement valorisée.

Toutefois, certain·e·s intervenant·e·s redoutent un afflux de demandes de la part de l’entourage de la clientèle, qui pourrait paniquer devant l’accessibilité accrue du produit. L’inquiétude des familles de jeunes qui consomment pourraient être ravivée et les inciter à solliciter de l’aide, même si les jeunes de moins de 18 ans ne peuvent pas se procurer légalement du cannabis plus qu’avant. Tout comme pour l’alcool cependant, les façons de contourner la loi sont nombreuses.

Il y aura sans nul doute un impact pour ceux et celles qui travaillent avec le Programme d’évaluation et de réduction du risque de conduite avec les capacités affaiblies (PERRCCA). On peut s’attendre à des changements dans les protocoles, les outils d’évaluation et les plans d’encadrement car il y aura de nouvelles balises à intégrer.

Parmi les intervenant·e·s qui se rendent à domicile, certain·e·s auront à composer avec l’odeur caractéristique qui risque de s’attacher à leurs vêtements après leur visite et de donner une fausse impression au cours des visites suivantes.


Mais ce qui ressort surtout des commentaires de nos expert·e·s des dépendances, c’est l’importance de la prévention. Puisque les profits des ventes de la Société québécoise du cannabis (SQDC) doivent être investis en prévention, on peut espérer que la santé publique, à laquelle revient le mandat de la prévention, disposera de budgets conséquents pour investir massivement dans la sensibilisation de la population aux dangers associés aux dépendances – et pas seulement à la marijuana. La santé publique est un secteur qui a beaucoup souffert des compressions des années d’austérité libérale. Maintenant qu’une nouvelle source de financement le permet, il est urgent que le gouvernement réinvestisse massivement dans ce mandat.

Adoptée en juin 2018 au Québec, la Loi encadrant le cannabis prévoit la création d’un Fonds de prévention et de recherche en matière de cannabis, confié au ministère de la Santé et des Services sociaux. Les revenus de ce fonds doivent servir à financer : des activités et des programmes de surveillance et de recherche concernant les effets du cannabis sur l’état de santé de la population, des programmes de prévention des méfaits du cannabis et de promotion de la santé, ainsi que des soins curatifs rendus nécessaires par l’usage du cannabis.

Jusqu’à maintenant, le détail du plan de prévention de la direction de la santé publique n’est toujours pas connu.

Par Chantal Mantha | Illustration Laurent Pinabel | 21 novembre 2018

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