Détresse psychologique : qui prendra soin du personnel des services essentiels?

Détresse psychologique : qui prendra soin du personnel des services essentiels?

En mars dernier, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a pris les grands moyens pour faire face à la pandémie. Si l’intention était noble, le prix à payer risque d’être élevé. En modifiant les conventions collectives des personnes salariées du réseau de la santé et des services sociaux (RSSS), elle a donné d’énormes pouvoirs aux gestionnaires afin de pallier la pénurie de main-d’œuvre qui sévissait déjà depuis trop longtemps dans les établissements. Une carte blanche utilisée pratiquement sans garde-fou contre les dérives possibles de l’application de ces mesures dans les «mastodontes bureaucratiques» que sont nos centres intégrés (CISSS et CIUSSS).

Certains employeurs ont profité de ces largesses et, oubliant que les travailleur·euse·s sont des êtres humains qui vivent une pression constante depuis le début de la crise et doivent concilier famille et travail, ils leur ont refusé de prendre du répit. La gestion de la crise par les CISSS, les CIUSSS et les CHU, la négligence organisationnelle et l’abus de pouvoir au sein du réseau de la santé et des services sociaux laissent craindre de graves conséquences. Nous nous inquiétons pour la santé mentale des professionnel·le·s et des technicien·ne·s que nous représentons. Certain·e·s sont déjà tombé·e·s au combat et se retrouvent en arrêt de maladie pour détresse psychologique. D’autres considèrent anticiper leur départ à la retraite. Pire encore, on déplore que certain·e·s aient déjà choisi de démissionner, exténué·e·s par les exigences démesurées qui pèsent sur leurs épaules.

Pour couronner le tout, le personnel qui travaille d’arrache-pied au quotidien sur la ligne de front, malgré la détresse qui l’habite, pourrait ne plus avoir accès à des vacances, dernier rempart existant pour préserver sa santé psychologique et physique. Loin d’être un luxe, cette période de repos est nécessaire pour prendre du recul et pouvoir continuer à affronter l’ennemi invisible qu’est le coronavirus. Il faut à tout prix éviter que nos membres s’écroulent sous la pression et l’épuisement. Nous avons besoin des technicien·ne·s et des professionnel·le·s du réseau pour répondre aux besoins de la population pendant la crise, mais aussi après.

Le retour à la normale laisse présager un sérieux ressac dans le réseau. Les personnes ayant besoin d’un suivi en santé mentale, en dépendance ou en réadaptation, par exemple, auront régressé faute de services pendant les longs mois qui viennent de s’écouler. Elles auront encore davantage besoin des services offerts par nos membres, sans compter les nouvelles personnes qui s’ajouteront aux listes d’attente déjà considérables. Il est impératif que le personnel soit au meilleur de sa forme. Nous demandons au ministère de la Santé et des Services sociaux, de même qu’à tous les CIUSSS et CHU de Montréal, d’agir dès maintenant en tant qu’employeurs de choix en assurant à toutes les personnes salariées le droit à des vacances estivales bien méritées, comme l’a fait le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. La détresse est omniprésente chez le personnel du réseau. Nous devons pouvoir lutter contre l’épidémie tout en prenant soin du personnel qui offre des services essentiels. C’est vital pour sortir de la crise!

Les signataires sont les personnes représentantes nationales de l’APTS pour quatre des CIUSSS de l’île de Montréal.

Rédaction Benoit Audet, Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Caroline Letarte-Simoneau, Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Daniel Dubé, Nord-de-l’Île-de-Montréal, Teresa Muccari, Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal | 12 juin 2020

3 commentaires

  1. sylvie lauzon sur 12 juin 2020 à 10 h 40 min

    Les vacances sont indispensables pour la santé mentale. De plus, dans certains CIUSSS, le nombre de semaines de vacances est limité afin d’être équitable avec les services où ce n’est pas possible d’offrire plus que deux semaines. Pénaliser tout le monde alors que ce n’est pas nécessaire dans tout les services, c’est également inéquitable à mon avis.

  2. Gaëtane LeBel sur 13 juin 2020 à 7 h 08 min

    Il est impensable que les gens qui aient été en première ligne pendant cette période tellement stressante aient à subir les manquements des élus, qui depuis longtemps ont omis de voir la réalité dans les soins de santé pour aînés tant publiques que privés et qui maintenant les obligent à travailler au-delà de ce qui est humainement possible de faire.

  3. Diane Lacoursière sur 14 juin 2020 à 14 h 11 min

    Vos membres aussi sont des êtres humains et vous les traités comme toute bonne organisation facsiste traitent ses sujets!

    Merci pous salir l’ensemble du monde syndical avec votre petite guerre politique à l’interne et pour vous empiffrer brioches..

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