Des médicaments trop chers pour longtemps encore?

Des médicaments trop chers pour longtemps encore?

La création d’un régime d’assurance médicaments public et universel compte parmi les solutions promues par l’APTS pour mieux financer la santé et les services sociaux. À quelle réception peut-on s’attendre à ce sujet de la part du nouveau gouvernement?

Au début de la campagne électorale qui s’est achevée avec l’élection, le 1er octobre dernier, d’une forte majorité de député·e·s de la Coalition Avenir Québec (CAQ), l’APTS avait posé aux principaux partis en lice une série de questions sur des enjeux importants pour ses membres, portant essentiellement sur la santé et les services sociaux. L’équipe de la CAQ y a répondu en présentant les mesures qu’elle comptait déployer advenant son élection. Dans cette quinzaine de mesures, on ne trouve aucune solution pour réduire le coût des médicaments.

Pourtant le Québec dépense 80 % de plus que les principaux pays développés et 35 % de plus que les autres provinces canadiennes en médicaments. Ces dernières années tous les régimes privés d’assurance, à l’instar de celui des membres de l’APTS, en ont fait les frais en subissant des augmentations de primes au moment de la renégociation de leur assurance collective. En plus de générer son lot d’iniquités, notre régime hybride public-privé d’assurance médicaments limite la capacité du gouvernement de contrôler les coûts pour l’ensemble de ses citoyen·ne·s en fragmentant le marché québécois des médicaments. Comment pourrait-il en effet négocier avec les compagnies pharmaceutiques alors que le régime public ne couvre que 44 % de la population? Le 56 % qui reste se répartit entre des milliers de régimes privés différents, aux tarifs variés.

On se souvient que la loi oblige les Québécois·es à opter pour un régime privé s’il est offert par leur employeur ou celui de leur conjoint·e. La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) stipule expressément que « seules les personnes qui ne sont pas admissibles à un régime privé peuvent s’inscrire au régime public ».

Au cours des débats publics organisés par des équipes régionales de l’APTS durant la campagne électorale, les candidat·e·s ont été invité·e·s à se prononcer sur la proposition de créer un régime d’assurance médicaments public et universel.


Les candidat·e·s caquistes ont exprimé des avis divers, révélant que la proposition n’avait pas fait l’objet d’un consensus au sein du parti, et émis plusieurs réserves. On a fait mention de consulter les expert·e·s, de s’attaquer à la surconsommation de médicaments, de négocier de meilleurs prix avec les fournisseurs et les fabricants, de trouver un meilleur équilibre entre l’accès aux médicaments et leur coût, de protéger les emplois liés à la fabrication des médicaments au Québec… Mais instaurer un régime d’assurance médicaments entièrement public ne faisait pas partie des solutions envisagées.

Pourtant les pays qui ont opté pour cette solution paient tous leurs médicaments moins cher que nous, dans des proportions de 16 à… 63 %! Au cours des dernières années, le gouvernement libéral s’est targué d’avoir adopté des projets de loi et négocié des ententes qui lui ont permis d’économiser 300 millions $. Or c’est une économie de l’ordre de 3 milliards $ qui serait à la portée d’un gouvernement prêt à confronter les compagnies pharmaceutiques et d’assurance.

Une action soutenue

L’APTS maintient plus que jamais son appui à cette proposition, qui est depuis plusieurs années au cœur de l’action qu’elle mène par sa participation active à la Coalition solidarité santé et avec l’Union des consommateurs. Sur la scène fédérale, dans le cadre des consultations du Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime national d’assurance-médicaments, la Coalition solidarité santé a d’ailleurs fait en septembre dernier une mise en garde on ne peut plus claire au gouvernement canadien : « ne choisissez pas un régime hybride privé-public comme celui du Québec ». Il n’a pas permis de contrôler les coûts et est à l’origine d’iniquités inacceptables entre les citoyen·ne·s, fait-on valoir dans cet avis.

La première de 11 vignettes web de l’Union des consommateurs pour faire connaitre à tous les Québécois•es les arguments en faveur d’un régime 100 % public d’assurance médicaments.

L’APTS a adopté en 2018 un plan d’action qui a donné lieu à des interventions auprès des acteurs politiques au plan national et local, ainsi qu’à des activités de sensibilisation auprès de la population. Cette action se poursuit, mais elle doit être renforcée pour amener le nouveau gouvernement à considérer les avantages économiques et politiques de créer un régime d’assurance médicaments 100 % public. Bien des problèmes du système de santé et de services sociaux québécois pourraient être résolus s’il disposait des sommes considérables que la création d’un tel régime ferait économiser.

Rédaction Chantal Mantha | Collaboration Noëlaine Allard | 21 novembre 2018

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