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Des « anges blancs » qui n’ont pas peur de se mouiller

Des « anges blancs » qui n’ont pas peur de se mouiller

Portant un dossard blanc, des membres de l’APTS se joignent aux équipes qui viennent en aide aux personnes sinistrées, en raison des inondations dans plusieurs régions du Québec, afin d’offrir un soutien psychosocial.

Les « anges blancs », c’est ainsi qu’on identifiait les infirmières qui soignaient sous les bombes les combattants de la première guerre mondiale et, plus récemment, les volontaires qui accouraient pour offrir les premiers secours aux victimes de la guerre en Syrie. L’intervention psychosociale dans le cadre de la sécurité civile n’expose peut-être pas nos membres à d’aussi terribles périls mais elle requiert, outre du professionnalisme, une bonne dose de générosité et d’empathie. Voici les témoignages de quelques « anges blancs » en bottes de caoutchouc.

Outaouais

Anika Brunet est travailleuse sociale en santé mentale adulte au CLSC Petite-Nation, où elle fait aussi de la consultation psychosociale et du soutien téléphonique de nuit (la ligne 8-1-1).

À la suite d’un appel au volontariat de son gestionnaire, elle s’est jointe dans la semaine du 22 avril à l’équipe des mesures exceptionnelles d’intervention psychosociale mise en place en Outaouais. Elle s’est rendue au centre des sinistré·e·s basé à Saint-André-Avellin où elle a rencontré, nous dit-elle, « des gens de tout âge et de tout statut social, découragés, déconnectés, les larmes aux yeux ».

Le rôle des équipes d’intervention psychosociale, au-delà du premier debriefing, est de détecter les plus vulnérables, ceux et celles qui, au-delà de l’état de choc initial d’avoir dû fuir devant l’eau qui monte rapidement, pourraient développer un trouble de stress post-traumatique. Ses collègues plus expérimenté·e·s le savent trop bien : c’est le « après » qui est souvent plus difficile psychologiquement, nécessitant des services psychosociaux en bonne et due forme.

Mauricie

Nicole Gaudreau est psychoéducatrice, attachée au CLSC de Maskinongé. Son statut d’emploi (temps partiel occasionnel) lui a permis d’être disponible à compter de la semaine du 29 avril pour prêter main-forte aux équipes déployées en Mauricie. Le jour de notre entretien, elle avait ainsi accompagné une policière et une conseillère municipale dans leur tournée – en blindé – des résidences de Sainte-Anne-de-la-Pérade et de Batiscan pour informer et rassurer les gens non évacués.

Nicole a bénéficié de la formation sur l’intervention psychosociale en contexte de sécurité civile dispensée à la suite des inondations du printemps 2017.

Son rôle plus spécifique consiste à détecter chez les sinistré·e·s tout signe de détresse et à leur remettre une brochure et une fiche avec les coordonnées des ressources à consulter en cas de besoin. « Il faut vérifier si les personnes âgées ou isolées ont accès à un réseau social ou familial auprès duquel elles peuvent obtenir du soutien. Dans les circonstances actuelles, le stress vécu en 2017 revient à la surface et les fragilise. »

Nicole reconnaît volontiers que la démarche d’aller ainsi sur le terrain à la rencontre de personnes éprouvées procure un sentiment d’utilité. « C’est une expérience enrichissante au plan humain et professionnel. Je me donne comme mission de les sensibiliser à l’importance d’aller chercher de l’aide si besoin est, de rendre les services accessibles. »

Mélanie Dupont est technicienne en travail social au service DI-TSA-DP du CLSC du Centre-de-la-Mauricie à Shawinigan. Mais c’est en-dehors du cadre de son travail qu’elle s’est engagée auprès des sinistré·e·s.

Après avoir été bénévole au sein de SOS Inondations Mauricie en 2017, au moment où le lac Saint-Pierre débordait, Mélanie a voulu offrir ses services de nouveau… et s’est retrouvée responsable des opérations. Elle coordonne ainsi l’équipe de bénévoles, composée selon les jours de 7 à 30 personnes, afin de répondre aux demandes d’aide pour mettre en place et consolider les digues, en collaboration avec les militaires dépêchés sur place. Les secteurs touchés sont Trois-Rivières-Ouest et Pointe-du-Lac. Elle travaille étroitement avec la conseillère municipale pour répondre aux besoins des personnes riveraines, qu’elles soient ou non évacuées. Son équipe réfère les personnes les plus vulnérables à la Croix-Rouge et aux intervenant·e·s affecté·e·s par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec pour offrir du soutien psychosocial aux personnes sinistrées.

« Les gens donnent généreusement de leur temps, la solidarité fait chaud au cœur et compense pour le manque de sommeil, confie Mélanie. Nous recevons aussi des dons destinés aux sinistré·e·s. Cette année, nous avons eu l’initiative de solliciter des fonds pour financer les opérations. »

Mélanie risque de devoir s’occuper de tout ça pendant encore quelques semaines, en plus de son travail au CLSC, le temps de procéder au nettoyage des terrains inondés.

« Nous avons vécu des journées intenses, qui ont soudé l’équipe de bénévoles. Je dois dire que les citoyen·ne·s n’hésitent pas à exprimer leur reconnaissance », conclut-elle.

Laurentides

Mylène Barbe est travailleuse sociale au CLSC de Thérèse-De Blainville. Elle participe à une équipe de mesures exceptionnelles de la sécurité civile pour la deuxième fois en un an, sans avoir encore eu l’occasion de recevoir une formation spécifique. « Sur le terrain, j’échange avec les personnes sinistrées et, selon leur souffrance, je les réfère à des ressources d’aide ou à des services du CLSC si requis. Je m’assure que les personnes isolées ou ayant des limitations ne manquent de rien et évalue le risque suicidaire chez les personnes en détresse. Dans tous les cas, nous leur remettons des documents d’information sur les mesures d’aide existantes. »

Mylène salue la collaboration positive établie avec les policiers et pompiers, les municipalités et la Croix-Rouge ainsi qu’avec les autres intervenant·e·s, pour la plupart des gens qu’encore hier elle ne connaissait pas.

« Nous avons l’impression d’avoir un impact significatif tant les besoins sont criants, poursuit-elle. Tout s’est passé si vite à Sainte-Marthe-sur-le-Lac que les gens ont vécu un choc et sont aux prises avec le sentiment d’avoir tout perdu. Ils ont besoin d’en parler. Notre rôle est d’offrir une écoute, de prendre le temps de les soutenir, d’évaluer leurs besoins psychosociaux à court terme. »

« Je crois que notre intervention fait une différence dans un contexte de catastrophe, si difficile à vivre. En tout cas, les gens nous remercient beaucoup d’être là pour eux. »


La travailleuse sociale retiendra de cette expérience que face au stress engendré par une catastrophe de cette ampleur, le besoin de sentir la solidarité de la communauté est considérable. La compassion agit comme un baume pour ces personnes, dont certaines vivent un des pires moments de leur vie.

Chaudière-Appalaches

Basée à Saint-Georges, en Beauce, Cindy Fortin est éducatrice spécialisée en santé mentale adulte depuis 10 ans. Son expérience des gardes d’urgence l’a bien servie au cours des dernières semaines, même si sa participation aux équipes de mesures exceptionnelles était une première pour elle. Elle avait suivi la formation pour s’y préparer il y a environ un an. Des gens qui, sous l’effet du stress, se désorganisent, perdent tous leurs moyens ou ont des pensées suicidaires, elle en a vu d’autres.

« Je suis très mobilisée par les situations de crise qui demandent de réagir vite, confie-t-elle. Je n’ai pas hésité à me porter volontaire quand le personnel psychosocial a été sollicité durant la fin de semaine de Pâques. » Après Beauceville, qui avait été affectée les jours précédents, c’est durant le congé pascal que la majorité des évacuations ont été rendues nécessaires à Sainte-Marie et à Scott, notamment.

« Au plus fort des inondations, mes collègues ont participé aux évacuations et j’ai pour ma part accueilli des gens au centre de crise. De concert avec la sécurité civile, nous devions nous assurer qu’ils obtiennent vêtements, nourriture et médicaments. J’ai assisté ensuite aux rencontres qui leur permettent de ventiler, d’exprimer leurs besoins et leurs appréhensions. Maintenant que l’eau se résorbe, j’accompagne les plus démunis dans leurs démarches pour retrouver une vie un tant soit peu normale. »

Ce qui l’a frappée? L’expression de l’humanité. « Ces personnes qui venaient de tout perdre, qui avaient le droit d’être en colère, nous accueillaient avec reconnaissance. Le soutien est venu de partout : de leur famille, bien sûr, mais aussi d’ailleurs, même de retraités venus prêter main-forte et participer aux corvées. »

Cindy a aussi apprécié la collégialité vécue au sein des équipes de secours. Tout le monde travaillait de concert, au plus urgent, en partageant son expérience pour une action plus efficace.

« C’est important de déployer les mesures le plus rapidement possible pour prévenir davantage de dégâts matériels et humains. Ce n’est pas le temps de s’enfarger dans les fleurs du tapis », conclut-elle.


Élise Legault, pour sa part, est travailleuse sociale au sein de l’équipe de suivi intensif dans le milieu du CLSC de Lévis. Elle participe au service d’Urgence-Détresse. Dûment formée pour ces situations, elle est déjà intervenue au moment où une menace d’explosion dans une usine avait forcé l’évacuation de citoyen·ne·s. Alors que Beauceville était envahie par l’eau, elle s’est notamment occupée des personnes vulnérables résidant dans une maison de chambres en mauvais état.

« La Croix-Rouge était complètement débordée et nous avons dû relocaliser ces personnes déficientes intellectuelles, alcooliques ou immigrantes sans réseau de soutien soit dans un centre d’hébergement avec services, soit dans un hôtel, selon leur condition. »

Dans les jours suivants, Élise a été affectée à Sainte-Marie, à la recherche d’éventuelles personnes isolées et à risque autour desquelles il est vital de créer un filet de sécurité. « C’est très touchant d’être témoin de cette détresse, reconnaît celle qui en a vu d’autres. Je comprends l’inquiétude ou la colère des gens. Je cherche à les responsabiliser, à les accompagner dans leur recherche de plan B. »

Élise se sentait à sa place, malgré l’épuisement à la fin de la journée. « Je crois avoir l’ouverture d’esprit qu’il faut pour être utile dans ces situations, nous dit-elle. C’est dans ma nature d’aimer me casser la tête pour trouver des solutions. »

Appel de l’APTS à un front commun de solidarité

Informée de l’état de la situation sur le terrain par ses membres engagé·e·s dans le soutien aux personnes sinistrées, la présidente de l’APTS a lancé un appel à la solidarité le 2 mai, invitant la population à faire preuve de générosité et de compassion. Donnant l’exemple, l’organisation a versé un don substantiel à la Croix-Rouge.

Carolle Dubé en a profité pour souligner le travail exceptionnel des intervenant·e·s de la santé et des services sociaux qui sont sur la ligne de front depuis le début des inondations pour soutenir les gens frappés par la crue des eaux. « Leur exemple est inspirant », a-t-elle mentionné.

La présidente a également applaudi la décision du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides, annoncée le 29 avril, d’offrir cinq jours de congé rémunéré aux personnes de l’établissement directement touchées par les inondations et de leur permettre de s’absenter cinq jours supplémentaires en puisant dans leur banque de vacances ou d’autres congés (fériés, reprise de temps, maladie). Aucun billet médical ne sera requis pour les absences en maladie avant la sixième journée. Le CISSS s’est engagé à faire appel à du personnel supplémentaire pour pallier ces absences.

« Un exemple suivi par le CISSS de Laval et qui, nous l’espérons, inspirera d’autres directions d’établissement du réseau », a déclaré Carolle Dubé. Chose certaine, il a inspiré des unités locales APTS à faire des demandes en ce sens à la direction de leur établissement.

RÉDACTION CHANTAL MANTHA | photo Jacques Nadeau | 8 MAI 2019
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