Ça va bien aller, mais quand?

Ça va bien aller, mais quand?

Une technologue épuisée, contrainte de prendre un temps d’arrêt, nous livre un témoignage représentatif de l’état d’esprit de trop nombreuses personnes à l’emploi du réseau de la santé et des services sociaux en ce printemps 2021.

Je suis technologue en radiologie dans un centre hospitalier depuis plus d’une décennie. J’ai toujours aimé mon métier et les défis qui s’y rattachent, mais les dernières années ont été de plus en plus stressantes, surtout la dernière. Je suis présentement en arrêt de travail, en raison de la surcharge de travail et du stress intense vécus dans le cadre de mes fonctions.

Depuis plus d’un an maintenant, nous subissons l’impact de l’arrêté ministériel (au plaisir des chefs de service). J’ai été obligée de travailler à temps plein, le renouvellement de mon congé sans solde partiel ayant été refusé, ce qui a ajouté à mon épuisement durant les derniers mois. J’ai fait part à mes supérieurs, à plusieurs reprises, de ma fatigue physique et psychologique (qui était visible au dire de mes collègues et amies). À chaque fois, je suis ressortie du bureau avec une tape sur l’épaule, après m’être fait dire de ne pas lâcher, que c’était difficile pour tout le monde et qu’on ne pouvait pas m’accorder des journées de congé.

À cela s’est ajoutée, au pire de la pandémie, la fermeture des écoles. Avons-nous eu droit à une conciliation famille-travail-école à la maison? Non.


Ayant deux enfants au primaire, j’ai dû jongler avec cet imprévu. J’ai dû renoncer à des quarts de travail et prendre à mes frais des journées de congé, travailler la fin de semaine et, défiant les consignes de sécurité, confier mes enfants aux grands-parents pour pouvoir me rendre au travail.

Dans mon secteur, deux nouveaux projets ont été mis en place en cette année de pandémie. Pourquoi surcharger un secteur déjà en mode survie et qui doit offrir un service 24/7? Un secteur déjà en manque d’effectif, qui voit son personnel qualifié se diriger vers d’autres spécialités par manque de postes et de possibilités de remplacement.

Le premier projet, le CRDS-i, a demandé la mise en place et l’ajustement des méthodes de travail à de nombreuses reprises, en plus de tous les changements et les nouveaux protocoles à intégrer car rendus nécessaires par la pandémie.

Parallèlement, un autre projet s’est concrétisé : l’ajout d’un deuxième appareil attendu depuis des années. Mais monter ce grand projet de nouvelle salle requiert beaucoup de temps, cet élément précieux qui, avant même ces chamboulements, manquait déjà. Encore une fois, il a fallu faire plus avec moins.

Nos congés sont souvent refusés, les vacances estivales ont été restreintes à trois semaines en 2020 et cette menace est encore présente à l’approche de l’été 2021.


Le temps supplémentaire obligatoire (TSO) nous est souvent imposé à peine 24 ou 48 heures à l’avance alors que l’horaire indique depuis des jours que ces quarts sont dépourvus. Au lieu de diminuer des programmes ou d’annuler des rendez-vous de dernière minute, les gestionnaires choisissent d’en demander plus à l’équipe, sous prétexte que c’est une période difficile et qu’il faut fournir un effort supplémentaire. Mais depuis plus d’un an on donne sans recevoir en retour!

Chaque semaine depuis mars 2020 des collègues, comme moi, tombent au combat. Certaines reviennent après quelques semaines, d’autres sont absentes depuis des mois. De nombreuses démissions ont été annoncées, au profit des centres plus petits du centre intégré, où le débit imposé et la surcharge de travail sont moindres. Plusieurs des maternités qui sont survenues avaient été annoncées sans que les chefs n’en aient tenu compte, ce qui a eu pour conséquence d’alourdir la charge du personnel restant.

Rares sont les technologues souhaitant changer d’établissement en recommençant au bas de l’échelle. Les possibilités d’embaucher des technologues supplémentaires sont donc pour ainsi dire limitées aux finissant·e·s, qui doivent au préalable franchir l’étape du stage requis par l’ordre professionnel. Ainsi, année après année, il n’y a aucun renfort à espérer avant la fin mai ou le début de juin. Depuis les embauches de juin dernier, nous savions qu’il serait pratiquement impossible de procéder à de nouvelles embauches et que l’équipe restante devrait porter tout le poids du service sur ses épaules.

Quand j’ai commencé dans ma profession, nous étions déjà dans une période de pénurie de technologues. Cependant, nous étions capables de garder la tête hors de l’eau, alors que maintenant le sentiment généralisé est celui d’être submergé·e·s. C’est la première fois que je ne suis pas certaine de finir ma carrière dans le domaine où je l’ai commencée. Et je peux vous garantir que je n’encouragerai pas mes enfants à se diriger dans le milieu hospitalier quand viendra le temps de faire leur choix de carrière.

Rédaction Geneviève*| 5 mai 2021   *Nom fictif

6 commentaires

  1. Mélanie sur 28 mai 2021 à 17 h 11 min

    Nous sommes trop nombreuses à rêver changer de carrière pour une meilleure qualité de vie. Ds mon centre nous sommes 7 technologues en arrêt quand ce n’est pas par épuisement psychologique c’est physique à vouloir travailler trop vite, à faire plus avec moins. Et malgré des journées surchargées, on nous dit qu’on ne fait pas les chiffres! Qu’on est en deçà des demandes ministérielles.

    • Vanessa sur 28 mai 2021 à 21 h 56 min

      On nous compte dans les services essentiels mais on ne nous considère pas essentiels lorsque la prime covid de 8% nous est refusée. Montrez de la reconnaissance pour les technologues en imagerie médicale avec de vrais gestes s’il-vous-plaît, pas que de belles paroles.

    • Serge De Grandpré sur 30 mai 2021 à 21 h 24 min

      C est désolant de voir qu’il n y a pas de solidarité des autres quart de métiers à l intérieur du milieu hospitalier, la population en général ne fait pas la différence de votre métier et celui d infirmière ect, à votre cri du coeur il faut qu’il y ait quelque chose qui bouge avant qu’il ait trop tard, je vous souhaite que votre cri ne restera pas ignoré

  2. Myriam sur 29 mai 2021 à 7 h 16 min

    Wow… merci d’avoir mis des mots sur une réalité présente à la grandeur du Québec!!

    • Matti sur 1 juin 2021 à 0 h 23 min

      Effectivement, merci, un texte très touchant.
      Je rajouterai même que c’est une réalité qui s’étend au-delà du Québec.
      Beaucoup pense que ça va et que ça ira pour tout le monde mais on se voile la face, on finit par s’enfermer et vivre dans une bulle et ne plus faire attention à son prochain..
      Bon courage à tous, la solidarité est essentielle.

  3. Sylvie sur 21 juin 2021 à 11 h 02 min

    Dabord bon retablissement et gardez espoir . Je comprends ce que vous vivez car j’ai vecu une situation similaire . Il y a 3 ans j’etais en arret de travail pendant 5 mois a cause d’un burn out que tout le monde a vu venir bien avant moi. Cela m’a pris presque 2 ans avant de me retablir avec le support de ma famille qui est tres presente et l’aide de medication combine a un suivi avec une psychologue (a grand frais ). Cette experience m’a change . L’ergothrapeute impliquee et dediee a la prestations de services de qualite a du s’adapter (DESENGAGER) a la grosse machine bureaucratique sans ame et souvent sans bon sens. il me reste encore quelques annees en mode survie avant ma retraite . L’ergotherapie est un tres beau metier malheureusement la pratique actuelle est centree sur la tache, la duree de soins et non sur la personne bien que tous les etablissements et les ordres professionnels affirment le contraire. Le personnel le sait, les usagers le vivent et leurs familles le constatent. Les programmes en sciences de la sante au collegial et a l’universite sont parmis les plus contingentes . Les candidats doivent avoir de tres bonnes notes en pour etre admis. Ces etudiants ayants de grandes qualites peuvent enter en ingenerie, ou leurs stages seront remuneres ou ils auront plus de varietes d’emplois a des salaire plus eleves (secteur prive plus commpetitif) au lieu de faire face a un employeur de l’etat qui a le quasi monopole dans une region (cisss ou ciusss ) . Fini la main d’oeuvre gratuite pour les stages, fini de se battre pour obtenir moins de 2% d’augmentation salariale par annee (moins que la hausse du cout de la vie) fini les heures suplementaires obligatoires pendant des annees . pas de dcrets non plus. C’est dommage mais moi comme vous je n’ai pas encourager mes enfants a se diriger vers une carriere en sante ou services sociaux. je ne crois pas que M. legault en bon homme d’affaire l’a fait non plus.

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