Budget 2019-2020 : quel changement?

Budget 2019-2020 : quel changement?

Le budget déposé à Québec le 21 mars a suscité de nombreuses attentes. Le changement promis par la CAQ serait-il au rendez-vous? Allait-elle financer adéquatement les services? Comme le premier ministre Legault avait demandé d’être jugé sur ses réalisations, prenons-le au mot et allons voir de plus près ce qu’il en est.

Pour une rare fois, le gouvernement du Québec nage dans les surplus budgétaires. Pour l’année 2019-2020, on parle de 5,6 G $ : 3,1 G $ qui iront nourrir le portefeuille d’investissement du Fonds des générations et 2,5 G $ qui se retrouveront dans la réserve de stabilisation. Dans ce contexte, le ministre des Finances a beau plaider la prudence, son manque d’ambition est décevant.

Surtout que les documents budgétaires prévoient déjà d’autres surplus oscillant entre 2,5 et 4 G $ d’ici 2023-2024. Pour éviter de les réinjecter dans les services, il est déjà prévu d’affecter entièrement ces surplus au Fonds des générations. Conçu à la base pour réduire la dette publique du Québec, ce Fonds se révèle être un formidable instrument servant à retirer du périmètre comptable de l’État des sommes qui, antérieurement, devaient être rendues disponibles pour le financement des missions gouvernementales.

Pire, le ministre des Finances reprend une stratégie de l’ancien gouvernement : sous-estimer les surplus en début d’année pour arriver avec de belles surprises à la fin de l’exercice financier. Pour un gouvernement qui promettait plus de transparence dans la gestion des finances de l’État, l’occasion de passer de la parole aux actes est ratée.

Et notre réseau dans tout ça, s’en tire-t-il bien?


Au premier abord, oui. Le budget lui accorde une hausse de 5,4 % des investissements, ce qui injectera une bonne dose d’oxygène dans le système. L’ajout de 280 M $ par année pendant cinq ans au financement des soins à domicile est évidemment une bonne nouvelle. Le gouvernement avait promis de rehausser les budgets pour le soutien à l’autonomie des aîné·e·s et, dans ce cas, les fonds sont au rendez-vous.

Or, si le réseau de la santé et des services sociaux s’en tire bien quand on considère l’ensemble du financement, certains programmes verront se perpétuer l’austérité encore cette année. La santé publique, par exemple, ne pourra compter que sur une maigre augmentation de ses budgets de 1,3 %, soit une cible bien en-dessous des fonds nécessaires à maintenir la qualité des services de prévention. Le constat est le même pour les programmes chapeautant les services en déficience physique, en déficience intellectuelle et trouble du spectre de l’autisme (DI-TSA), en dépendance et en santé mentale ainsi que pour les jeunes en difficultés. Dans tous ces secteurs, le budget de la CAQ semble vouloir conférer un caractère permanent aux compressions des dernières années, dont les effets sont dévastateurs.

En fait, le cumul de tous ces programmes représente à peine 46 % du budget alloué à la rémunération des médecins… Nous avons ici une manifestation assez claire des mécanismes de l’austérité : mettre en place des politiques à l’avantage des groupes plus fortunés et laisser les personnes vulnérables se battre pour des miettes.

En campagne, la CAQ promettait du changement. Si on se fie aux données budgétaires, celui-ci n’est pas encore à l’ordre du jour.

Rédaction Philippe Hurteau | 27 MARS 2019

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