6 milliards $ pour les services de garde: comment les investir intelligemment?

6 milliards $ pour les services de garde: comment les investir intelligemment?

Début août, dans ce qui était alors la pré-campagne électorale fédérale, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et le premier ministre du Québec, François Legault, ont convié les médias pour annoncer une entente concernant les services de garde à l’enfance. On apprenait alors que 6 milliards de dollars seraient transférés sur cinq ans, du gouvernement fédéral au provincial.

La somme étant transférée « sans conditions », et le Québec déjà doté d’un système de services de garde subventionné par l’État — contrairement aux autres provinces et territoires —, plusieurs étaient sceptiques quant à la bonne administration de cette somme. À l’instar de la Coalition pour la conciliation famille/travail/études, au sein de laquelle nous militons, l’APTS a de grandes attentes en la matière. En effet, l’accès universel à des services de garde est une condition majeure de la participation des femmes au marché du travail. Voici les postes de dépenses qui, selon nous, mériteraient de bénéficier de cette somme.

1. Augmenter les salaires et améliorer les conditions de travail des éducateur·rice·s à l’enfance. Profession à prédominance féminine, le travail d’éducatrice a trop longtemps été sous-estimé, autant dans la valorisation de cette profession essentielle à la société que dans les conditions de travail qui y sont associées. Des Cégeps offrant la formation doivent fermer des sessions faute d’inscriptions dans le programme de Techniques d’éducation à l’enfance. Il faut cesser de penser que le métier d’éducatrice à l’enfance est une vocation. Il y a toutefois une lueur d’espoir pour l’amélioration des conditions de travail de ces travailleuses puisque François Legault a déclaré lors de l’annonce de l’entente qu’« Actuellement, elles sont sous-payées par rapport à la formation qui est exigée ».

2. Créer de nouvelles places. L’APTS plaide pour un système québécois universel de services de garde car le problème est que notre système actuel est à plusieurs vitesses. En effet, les parents peuvent inscrire leurs enfants à un service de garde offert en Centre de petite enfance (CPE – places subventionnées), à un service de garde privé subventionné ou à un service de garde privé non subventionné. Le mouvement #MaPlaceAuTravail rapporte que les places sont inexistantes ou presque impossibles à dénicher dans plusieurs régions, même en milieu de garde privé non subventionné où les services peuvent être particulièrement onéreux. En effet, malgré le crédit d’impôt fédéral offert, ces places non subventionnées peuvent revenir à plus de 20 $ par jour par enfant. Il en coûte 8,50 $ par jour par enfant en CPE et en milieu subventionné. Étant donné l’ampleur de la situation, il faut créer rapidement de nouvelles places en privilégiant celles qui sont subventionnées.

3. Transformer des places existantes en places subventionnées. Le formidable réseau de services de garde créé en 1997 par le gouvernement du Québec, étudié partout dans le monde et présenté comme un des principaux facteurs expliquant la participation record des Québécoises au marché du travail (avec la Suisse et la Suède), a été malmené au cours des dernières décennies. À plusieurs vitesses, en plus d’être très souvent arbitrairement injuste dans la répartition des places subventionnées, ce système a creusé les inégalités entre les familles. L’APTS souhaite que le gouvernement du Québec revienne aux sources du projet de société qu’est le réseau de services de garde. Qu’il crée un régime de services de garde à l’enfance bien financés, offrant de bonnes conditions de travail au personnel et un service de garde éducatif respectant les plus hautes normes à nos enfants, et ce, à coût abordable pour tous les parents, sans discrimination. Pour ce faire, en plus de créer de nouvelles places subventionnées, il devra également transformer les places privées non subventionnées en places subventionnées.

Comme nous le rapportions dans notre article Des places en service de garde pour lutter contre les pénuries et la surcharge, les difficultés d’accès à une place en service de garde ont des répercussions sur plusieurs sphères de la société. Il est plus que temps que le gouvernement du Québec prenne ses responsabilités dans ce dossier. Comme le réclament les partis d’opposition à l’Assemblée Nationale, les sommes d’argent émanant du transfert du gouvernement fédéral doivent vraiment servir à améliorer le réseau québécois de services de garde. Il appartient également à chacun·e d’entre nous de nous assurer que cette entente sera respectée si  le gouvernement change. La campagne électorale fédérale qui bat actuellement son plein devra être l’occasion de vérifier les intentions des différents partis à ce sujet.

Préoccupée par la crise liée à la pénurie de places en services de garde, l’APTS souhaite sonder ses membres afin de mieux en cerner les impacts. Vous avez jusqu’au 26 septembre 2021 pour répondre au sondage ICI. Une fois les résultats obtenus, l’APTS espère pouvoir contribuer à dénoncer la situation et à proposer des solutions.

Rédaction Laurence de la Sablonnière | Collaboration Élaine Giroux | 8 septembre 2021

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